Discussion autour de la question migratoire


« On ne peut pas accueillir toute la misère du monde. »

Cette phrase qui permet de nous rendre la conscience tranquille est souvent prononcée en matière de migration. Ça permet de nous déculpabiliser de ne pas agir comme on le devrait.

ELSA Louvain-la-Neuve, a accueilli Ophélie Duchâtel, la coordinatrice du service social et administratif de la Plateforme citoyenne de soutien aux réfugiés, et Nasratullah Hanafi, réfugié afghan, lors de son premier café-débat de l’année sur le thème de la migration. Bien souvent, le seul regard que nous avons sur la question est celui des médias et des politiques. ELSA Louvain-la-Neuve a offert la possibilité d’aborder cette question de l’intérieur, lors de son premier café-débat le 27 novembre 2017.

 

Nasratullah Hanafi est un réfugié afghan arrivé en Belgique il y a 5 ans. Il nous a raconté sa vie en Afghanistan. Il parle de son travail, de sa famille. Il nous explique les pressions qu’il a subies et les raisons qui l’ont poussé à tout quitter : sa terre d’origine, sa famille et ses amis. Il poursuit en abordant son arrivée en Belgique. Ce fut un véritable parcours du combattant ! Arriver en terre inconnue est difficile. La culture et la langue sont différentes. Mais le plus frappant est de voir à quel point il y a un manque cruel d’informations. À son arrivée Nasratullah ne savait pas quoi faire ni où aller et, contrairement à ce qu’on pourrait penser, une fois pris en charge, il n’a pas été beaucoup plus éclairé sur les options qui s’offraient à lui.

On peut souvent lire les termes « crise » et « migratoire » côte à côte, dans la même phrase. Ophélie fait remarquer qu’il est incorrect de parler de « crise migratoire » ou de « crise des migrants ». Effectivement, il y a bel et bien une crise et c’est celle de l’accueil ! Il faut savoir qu’en Belgique, il y a SEULEMENT 35 personnes sur 10 000 qui sont des migrants. Ils ne représentent donc que moins d’un pourcent de la population belge.

Ophélie poursuit en parlant de l’impact de la politique sur la question de la migration. Elle évoque le rôle qu’a joué Theo Francken, politicien belge membre du parti NVA. Theo Francken est secrétaire d’État à l’Asile et aux Migrations. Le parti nationaliste flamand NVA n’est pas favorable à l’accueil des étrangers sur le territoire belge. Ophélie s’indigne des mesures prises par l’État. Le secrétaire d’État à l’Asile et aux Migrations a réformé l’entièreté du droit d’Asile en Belgique. Il a supprimé énormément de places pour l’accueil des réfugiés. Sur les réseaux sociaux et dans la presse, on a pu lire qu’il organisait des « rafles », au petit matin pour rapatrier un maximum de personnes. Ces articles font un parallèle plus qu’explicite avec certains événements du siècle dernier.

Ophélie soulève un problème de taille dans l’accueil des réfugiés : tous les documents explicatifs qu’on leur donne sont en néerlandais ou en français. Le seul document, qui est dans leur langue natale est la lettre qui leur parle du retour volontaire, une lettre qui commence par « Pensez à votre maison ». Ophélie trouve cela cruel quand on sait que certains d’entre eux n’en ont même plus une.

Tout cela a réveillé l’élan citoyen, énormément de bénévoles s’engagent auprès d’associations afin d’aider toutes ces personnes en détresse. À titre d’exemple, des familles belges accueillent pour quelques nuits des migrants.

 

S’il est vrai qu’on ne peut pas « accueillir toute la misère du monde », pourquoi n’arrêtons-nous pas, d’abord, de la créer ? Ophélie conclut son intervention en laissant cette question ouverte.

Par Hannelore De Wannemaeker

 

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